La réforme 2018 de la formation professionnelle apporte des avancées importantes. Mais pour mettre les enjeux d’employabilité au centre du dispositif, il faut encore changer de gouvernance, rendre les entreprises plus autonomes et les actifs plus responsables. C’est le contenu de ma “réforme idéale”.

Non, la formation n’est pas un remède-miracle

Avant de détailler ma réforme, je rappelle la conviction qui m’anime. La formation professionnelle n’est pas le remède-miracle qui garantirait l’emploi des salariés et la compétitivité des entreprises. C’est, plus modestement, le levier privilégié pour développer l’employabilité des actifs.

Qu’est-ce que l’employabilité ? C’est la capacité à détenir ou à développer les compétences dont les entreprises ont besoin aujourd’hui. Et conjointement, la capacité à adapter ces compétences aux besoins futurs, liés notamment aux nouvelles technologies.

J’ai constaté avec regret que le mot “employabilité” était quasiment absent de la réforme annoncée début mars 2018. Nous avons du mal à sortir d’une logique de formation orientée sur les moyens. Les entreprises versent leur prélèvement obligatoire, les salariés suivent des formations financées par les OPCA et tout va pour le mieux…

Pourtant, avec près de 3,5 millions de demandeurs d’emploi et 600 000 postes non pourvus chaque année, les failles du système sautent aux yeux. C’est ce qui m’incite à rêver d’une réforme bien plus audacieuse.

Premier point : une gouvernance pilotée par les régions

Dans le dispositif précédent, la gouvernance de la formation était confiée aux OPCA et aux branches professionnelles. Les premiers se sont focalisés sur leur rôle d’administration de fonds et d’attribution des agréments. Quant aux secondes, elles défendent des visions du marché du travail dépassées. Exemple : l’industrie automobile est rattachée à la branche métallurgie… Alors que l’innovation dans ce secteur repose sur l’électronique embarquée et la réduction des émissions carbonées.

La réforme 2018 va dans le bon sens, en centralisant la gouvernance autour de France Compétences, un organisme unique et quadripartite : Etat, régions, organisations syndicales, organismes patronaux. Toutefois, l’idéal aurait été de confier cette gouvernance aux régions.

Car chacun le sait, la majorité des actifs français ne sont pas mobiles. Les questions d’emploi et de compétence se jouent donc à l’échelle des territoires et des bassins d’emploi. Et aucune instance ne les connait aussi bien que les régions. Ces dernières financent les lycées professionnels, les dispositifs d’insertion, les aides à l’installation et au maintien des entreprises. Elles échangent régulièrement avec ces entreprises. Elles ont les moyens d’identifier les besoins en compétences et de mettre en place des GPEC territoriales.

Deuxième point : des entreprises plus autonomes et plus responsables

Tant que les entreprises percevront la formation professionnelle comme un coût , elles ne s’approprieront pas cet enjeu “d’employabilité” qui pour moi, est la priorité.

Rendons-les plus autonomes. Décidons que leur prélèvement formation sera réduit à 1 % de la masse salariale, consacré à la formation des demandeurs d’emploi, des apprentis et des alternants. En parallèle, laissons-les financer à 100 % la formation de leurs salariés et choisir leurs prestataires, agréés ou non. Elles sauront faire leur sélection, comme pour leurs autres achats extérieurs.

En parallèle, rendons-les pleinement responsables de l’employabilité de leurs salariés, en collaboration avec les partenaires sociaux. Exemple : les entreprises n’auront plus le droit de licencier au motif que les compétences de leurs collaborateurs ne répondent plus à leurs besoins. Au passage, ces partenaires sociaux retrouveront ainsi leur place et leur utilité au cœur des entreprises.

Ce double levier, autonomie et responsabilité, induira une autre gestion des politiques de formation. L’entretien professionnel créé par la réforme de 2014 deviendra enfin un rendez-vous chargé de sens. Les plans de formation annuels s’effaceront au profit de GPEC à trois ans.

Troisième point : des droits et des devoirs renforcés pour les actifs

Les actifs considèrent aujourd’hui que leur employabilité est du ressort de leur entreprise ou de l’Etat. Rares sont ceux qui s’interrogent à ce sujet et prennent en main leur parcours professionnel. L’opacité et la lourdeur du système leur masquent les vrais enjeux.

Il est urgent d’aider les actifs à mieux comprendre leurs droits et leurs devoirs en matière d’employabilité. La monétisation du CPF va dans ce sens, et c’est une des avancées de la réforme. Chacun sait désormais qu’il dispose d’un “capital formation” et qu’il ne tient qu’à lui de l’utiliser.

Mais il faut aller plus loin. Les actifs devraient pouvoir abonder leur CPF et déduire ce versement de leur revenu imposable, par exemple jusqu’à 10% de leur rémunération annuelle. Ce serait un signal fort, puisque “l’investissement” personnel dans un projet d’employabilité serait encouragé.

De même, les entreprises devraient sensibiliser tous leurs salariés à l’employabilité. L’Etat relayerait ces actions à travers des campagnes à grande échelle, comme il le fait déjà en matière de santé publique. Quitte à dépenser chaque année 34 milliards d’euros pour la formation, autant se donner tous les moyens d’un meilleur retour sur investissement.